Comment devient-on « ARTISTE».



Comment devient-on « ARTISTE».

Raymond LEMAIRE, Comment devient-on « ARTISTE », Photo n° 2, page 13-14, Brussels, 1939

J'ai trouvé dans une revue une définition simpliste de l'artiste photographique, du pictorialist des anglais et américains : c'est, disait-on, un technicien capable de produire une œuvre artistique.

Si nous admettons cette définition, il est évident que le « purist », qui produit des images de qualité, est un artiste... mais nous savons que beaucoup ne sont pas de cet avis.

Il nous sera donc toujours très difficile de départager les photographes en deux catégories; les artistes et ceux qui ne le sont pas !

Voilà donc pour le terme « artiste ». Quand au mot « débutant » désignons par là quelqu'un qui a déjà ses idées, ses projets et traçons ensemble son évolution jusqu'à sa consécration d'artiste. Il se produit nécessairement un changement radical dans la mentalité lors de la transformation du débutant en artiste; ce dernier raisonne avant de produire une image et ses réactions sont très différentes de celles du débutant. Il s'avère que les insuccès de beaucoup d'aspirants sont dus au fait qu'ils essayent de créer une œuvre tout en raisonnant comme le débutant.

Il me semble que le pictorialist doive connaître au cours de sa carière, trois stades :

1. Le stade de début, au cours duquel il se contente de « presser le bouton ».

2. Le stade technique.

3. Le stade du débutant-artiste.

Voici, à mon avis, ce qui caractérise ce développement :

1° Pour le « Presse-bouton » la seule préoccup-pation sera la production en série de photographies personnelles, de souvenirs : il photographie ses amis, ses lieux de vacances. L'élément humain, individuel ou groupé, est prédominant et ses photos ont rarement une signification. Il y a donc lieu d'y ajouter les quelques explications verbales trop connues : « Voici ma maison », « Voilà ma femme, sur le perron de la villa », « Voici mon chien ».

Le débutant prend donc des vues non pas pour avoir des images, mais pour posséder des souvenirs personnels. Mais, si un jour ou l'autre, il s'intéresse sérieusement à la photographie, il finira par faire toute sa cuisine lui-même; cela nous amène au stade technique.

A partir de ce moment toute son attention, tous ses efforts se concentrent sur les opérations de laboratoire. Si la qualité des travaux est inférieure à celle de son fournisseur cela n'a aucune importance devant le fait indéniable que c'est SON TRAVAIL.

Il se fera d'ailleurs un devoir de nous signaler et de noua expliquer les causes de la moindre erreur : ce seront tantôt l'un ou l'autre contretemps lors des opérations en chambre noire. A partir de ce moment il fait usage d'un jargon technique que seuls les initiés comprendront.

Les connaissances techniques que le photographe acquiert à ce stade sont très précieuses pourvu qu'il possède et qu'il ne s'embarrasse pas à la première occasion en donnant des explications concernant le grain, le gamma ou les distances hyperfocales. Celui qui « avale » trop de matière sans la comprendre, pourrait être comparé au monsieur qui se vante de connaître la forêt mais qui se trouve dans l'impossibilité de discerner les essences.

Notre technicien produit rarement une bonne image parce qu'il se préoccupe uniquement d'essayer des formules, des films, des papiers et peut-être même des objectifs.

Nul n'est digne du nom de photographe tant qu'il n'est pas maître du procédé dont il fait usage.

Le plus important est d'arriver à simplifier son matériel et d'adopter une méthode standard et systématique de travail sans jamais s'en écarter.

Voilà donc notre hypothétique photographe capable de tirer de bonnes images, ce qui est déjà un résultat appréciable. Beaucoup d'isolés trouvent dans ce travail du plaisir et de la satisfaction : la technique est pour eux le summum en photographie. Il y en a cependant parmi eux qui ont du sentiment mais qui, malheureusement, ne l'extériorisent pas parce que certains de leurs camarades considèrent la perfection technique comme de l'art et ils finissent, hélas! eux-mêmes, par l'accepter.

C'est une erreur de se forcer, de s'imposer autre chose que son penchant, que ses goûts personnels : faites ce que vous aimez, c'est ce que vous ferez le mieux !

Il est erroné de croire que les jurys américains soient difficiles pour la perfection technique et en Angleterre certaines expositions ont créé des sections pour ce genre de travail qui n'encourage que la production d'épreuves de mérite documentaire ou scientifique.

Heureusement, certains jusqu'alors absorbés par les aspects techniques de la photographie, sont tout à coup mécontents de leur production: ils commencent à sentir, à comprendre la beauté qui se dégage du travail des artistes; ils souhaitent vivement produire des images semblables qui seront également exposées et admirées. Leurs travaux qui précédemment leur donnaient satisfaction, semblent à présent ternes et dénués d'intérêt.

Bref nous voilà au troisième stade : l'ambiance est tout autre; le photographe éprouve le besoin de se remuer et de produire, cependant qu'une multitude de problèmes s'affrontent :

Quels seront les sujets, quels seront les genres à aborder ? Que va-t-il produire comme première œuvre ? Comment fera-t-il pour apprendre ce « mystère » que nous appelons « composition » ? Sera-t-il réaliste ou romantique ? Ses projets ne seront-ils pas des imitations ?

Et notre artiste, catégorie « junior », en a le sommeil troublé par des cauchemars ; il se réveille en sursaut en songeant qu'il est peut-être dépourvu de talent ou de sens artistique; il est persuadé que c'est ce qui lui manque et souhaite que ce mystérieux ingrédient puisse être diagnostiqué, tout comme l'appendicite ou même, au besoin, lui être transfusé ; il est dans l'embarras, dans l'incertitude et n'entrevoit pas la formule qui le transformera en artiste.

Cette « formule » contient quatre éléments que j'espère pouvoir exposer un jour; ce sont :

1. Le sujet;

2. L'idée;

3. La composition (l'arrangement, la disposition) ;

4. La technique et le traitement.

Raymond LEMAIRE, Comment devient-on « ARTISTE », Photo n° 2, page 13-14, Brussels, 1939

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